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Expériences publiques/privées [visions croisées] par Sciences Po Bordeaux Alumni

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18/12/2017

L’entrée de près de 200 députés issus de la « société civile » à l’Assemblée Nationale nous incite à (re)considérer les différences entre secteurs public et privé. Nous avons à ce titre interrogé un Alumni Sciences Po Bordeaux ayant l’expérience des deux secteurs: Ronan le Graet (Promo 1993), qui a accepté de nous faire part de ses impressions résumées ci-dessous.

Un article rédigé par Lucile Touraine pour Sciences Po Bordeaux Alumni

Quelles différences majeures avez-vous pu constater dans le cadre d'une mission publique et d'une entreprise privée ?

 

Quatre différences majeures ressortent:

Le sens du travail et la motivation : entre, d’un côté, une mission publique répondant à l’intérêt général et porteuse de valeurs et, de l’autre côté, l’entreprise privée répondant avant tout à une logique de rentabilité économique.  La qualité « morale » de la mission accomplie dans le public est un élément important pour les personnels. Mais elle est aujourd’hui souvent fragilisée par les réorganisations et les réductions de dépenses publiques, qui peuvent provoquer une forme de démotivation face à la complexification croissante de l’action publique. Le secteur privé, plus habitué aux fluctuations du marché, bonnes ou mauvaises, produit plus aisément des leviers de motivation rapides mais peine sans doute à développer durablement des valeurs sur le long terme.


La reconnaissance et le mode de gestion des ressources humaines : entre une progression liée à l’ancienneté ou au grade dans le public, et une évolution liée à la performance ou à l’initiative dans le privé. Le secteur privé a inventé la gestion moderne des ressources humaines, basée sur la reconnaissance des compétences et des performances. Ces principes sont aujourd’hui intégrés dans le secteur public mais de manière sans doute moins cohérente d’une part et moins partagés d’autre part entre les trois fonctions publiques (Etat, territoriale, hospitalière). La progression professionnelle dans le public continue de passer essentiellement par le système des concours internes ou externes, qui a ses avantages (transparence et égalité) et ses inconvénients (une certaine lourdeur bureaucratique).

Les modes d’organisation : l’organisation prime sur les processus dans le public et les processus priment sur l’organisation dans le privé. Certes un peu caricaturale, cette vision illustre simplement le fait que les organisations du secteur privé sont à priori plus agiles pour s’adapter, se repenser, remettre à plat leur fonctionnement car d’une part elles y sont habituées, et d’autre part elles ont moins de contraintes sur le plan juridique et règlementaire pour s’y engager. Ce qui ne veut pas dire qu’elles le font plus efficacement, tout dépend de la qualité du management… Les structures publiques vivent actuellement de forts mouvements les poussant également à plus de transversalité et de souplesse, mais souvent sans cohérence vis-à-vis de contraintes réglementaires ou opérationnelles qui continuent de suivre des logiques verticales. Le monde des collectivités territoriales est à cet égard traversé de très nombreuses dynamiques de réorganisation.


Le système managérial : les marges de manœuvre pour un manager du privé sont plus importantes que pour les managers du public. Cette affirmation doit être nuancée et explicitée.  Il est vrai que le secteur privé a inventé le management moderne et reconnaît un vrai rôle aux managers. Le secteur public s’est aussi engagé dans cette voie et requiert de la part de ses cadres de plus en plus de qualités relationnelles, organisationnelles, techniques de haut niveau. Cependant, de manière générale, le manager public est souvent au cœur d’un système d’acteurs et d’institutions complexes qui encadre sa propre capacité à décider, agir, prendre des initiatives sur le mode du leadership. Alors que le secteur privé valorisera plus aisément ces qualités de leadership dans son système managérial. Toutefois les équilibres managériaux bienveillants sont plus courants dans le public que dans le privé et sanctionnent moins les échecs.

Comment qualifieriez-vous la gestion des ressources (budget /personnel) et des problématiques liées à l'efficacité dans chacun des secteurs ?

 

La logique quantitative : une notion nouvelle mais bien intégrée dans le public

 

Si le rapport à l’efficience a été moins longtemps présent dans le public, il se trouve maintenant au cœur du système. De même les secteurs public et privé partagent à l’heure actuelle les mêmes préoccupations quant à la maitrise de la masse salariale. Les modes de gestion, notamment du personnel, diffèrent en revanche de manière significative.

Des philosophies de gestion du personnel bien différentes

 

Le rôle du chargé des Ressources Humaines est bien distinct d’un univers à l’autre :

Dans le secteur public, par exemple, le chargé des Ressources Humaines, gère des statuts et des grades définis à l’avance et doit les faire coïncider avec une gestion prévisionnelle des compétences, ce qui demande beaucoup d’arbitrages et de négociations. Mais les situations sont différentes entre la fonction publique d’Etat et la fonction publique territoriale, plus diversifiée. Les possibilités de mobilité et de changement de métiers sont réelles, à condition de passer par le système des concours, que les Ressources Humaines doivent souvent organiser.


En entreprise (ou plutôt dans certaines entreprises) : il s’occupe de la gestion de la richesse humaine et des potentiels et doit constamment accompagner les évolutions stratégiques de son entreprise. Il peut avoir aussi à gérer des réductions d’effectifs, ce qui demande beaucoup de sang froid et de capacité d’adaptation.

Les marges de manœuvre en termes d'autonomie, d'innovation et de capacité d'initiative sont-elles selon vous plus importantes dans le secteur privé que dans le secteur public ?

 

Un secteur public en évolution pour favoriser davantage l’innovation

 

Aujourd’hui ces marges de manœuvre paraissent plus importantes dans le secteur privé mais une évolution est en cours dans le secteur public. La concurrence que se livrent les entreprises les poussent depuis longtemps à mettre en cause leur mode de fonctionnement, à développer la Recherche et Développement, à chercher de nouveaux clients. Mais de plus en plus d’organisations publiques valorisent désormais l’innovation et il y a de nombreuses initiatives pour renouveler les approches, les partenariats, dans le monde des collectivités territoriales. On le voit notamment dans des domaines comme l’économie sociale et solidaire, le développement durable. Et certaines administrations ont fortement modernisé leur mode de fonctionnement, comme le service des impôts par exemple. Enfin on pourrait citer l’armée qui innove dans ses matériels, réinvente son organisation pour favoriser l’innovation technologique et opérationnelle.  

Observe-t-on des différences dans la gestion de la relation client ?

 

Le client et l´administré/citoyen/usager au cœur des préoccupations

 

On ne parle pas d’un client dans le secteur public, on parle d’un administré, d’un citoyen, d’un usager. On ne l’intitule pas de la même façon, donc on ne le considère et on ne le traite pas de la même façon. Dans les deux secteurs, celui-ci apparait au centre des préoccupations.

Les entreprises placent le client au cœur du processus pour mieux promouvoir leurs produits et leurs marques face à une concurrence accrue. Les institutions publiques repensent également la place du citoyen, dans une logique de concertation l´impliquant directement dans la prise de décision, permettant au principe démocratique de renouveler la dimension collective. D´autres pays, tels que le Canada par exemple, ont déjà révolutionné leur modèle de gouvernance et mériteraient que l´on s´en inspire.

En quoi les différentes approches de gestion du secteur public et du secteur privé sont-elles ou pourraient-elles être selon vous complémentaires ?

 

Le public pourrait apporter les valeurs et le temps long au privé ; tandis que le privé pourrait apporter la souplesse de fonctionnement et la valorisation des individus.

Un mot pour conclure ?

 

Pour conclure, les modèles publics et privés sont en rapide évolution à l’heure actuelle et les différences ont tendance à s’estomper. D’une part parce que le public recherche plus l’adaptation aux changements que la stabilité à toute épreuve, comme le privé. D’autre part parce que les jeunes générations adoptent les mêmes comportements et les mêmes références culturelles, qu’elles insufflent autant dans le public que dans le privé, autour de l’immédiateté, d’une certaine distance avec l’autorité, et d’une recherche du fonctionnement en réseau.

Un article rédigé par Lucile Touraine pour Sciences Po Bordeaux Alumni

 

 

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